GEOLOGIE

En quelques mots, pour les néophytes...

Le Mont Aiguille est un pan de la muraille est de la grande chaîne du Moucherolle, à laquelle il était rattaché avant que l'érosion ne l'en sépare. Son isolement  du grand Veymont, point culminant du Vercors (2341 mètres) et des rochers du Parquet, a donné naissance à deux vallées distinctes qui se rejoignent vers le milieu de la paroi nord-ouest pour former le col de l'Aupet.

Et, d'après Maurice Gidon, pour les spécialistes....

Cet énorme chicot d'Urgonien (plus précisément de "calcaires du Glandasse", du Barrémien inférieur) est posé sur un socle pyramidal d'Hauterivien et de Barrémien inférieur marno-calcaire. Le ravinement dans ce socle, relativement marneux, de la montagne sape son couronnement calcaire et entraîne l'effondrement de tranches successives (la zone de départ d'une tranche récemment éboulée se reconnaît à la teinte plus rose de la roche non patinée). L'altitude du sommet donnée pour 2097 mètres jusqu'en 1940 s'en est trouvée affectée et n'est plus actuellement que de 2086 mètres.
En contrebas, dépassant à peine au dessus des premiers plans boisés, on distingue quelques pans de falaise de la barre tithonique.



Le rebord subalpin du Vercors (vue d'ensemble)

Vue d'enfilade, d'avion, depuis le sud, à l'aplomb de Grimone
On voit bien le décalage de la butte témoin du Mont Aiguille qui se profile, à droite de la corniche urgonienne du Grand Veymont, devant la dépression de Gresse.




La bordure orientale du Vercors à la latitude du Mont Aiguille

Vue d'avion, depuis l'E-SE, à l'aplomb de Clelles.
Noter la succession très calme, subhorizontale, des niveaux stratigraphiques, sur les deux côtés du profond redent que dessine le rebord subalpin dans le vallon de La Bâtie.


Le Mont Aiguille a été isolé du reste de la dalle urgonienne des plateaux orientaux du Vercors par des ravines qui entaillent le rebord subalpin en rongeant les terrains plus marneux de son substratum.
Si le rebord oriental de ces plateaux (c'est à dire les falaises des Rochers du Parquet) n'est déterminé par aucune cassure c'est néanmoins une grande faille NE-SW, la faille du Jasneuf qui est probablement à l'origine de l'isolement du Mont Aiguille. En effet le pied des falaises qui tombent de ce sommet sur le col de l'Aupet correspond au passage de cette cassures (qui délimite, plus au sud-ouest, le rebord septentrional du cirque de Chichilianne - Pas de l'Aiguille).
D'autre part le cirque de La Bâtie lui-même, qui sépare le promontoire rocheux du Mont Aiguille des falaises du Grand Veymont est pratiquement délimité du côté S par cette cassure, et du côté NW par une autre, parallèle et encore plus importante, la faille de la Queyrie : ce sont ces deux failles qui ont dû guider le creusement de ce profond redent du rebord subalpin.


Le Mont Aiguille et les Rochers du Parquet, vus du Grand Veymont

f.J = faille du Jasneuf ; f.Q = faille de la Queyrie : la ravine qui aboutit au Pas de Bachassons est creusée dans la bande de Barrémien inférieur qui s'élève jusqu'au col, entre les deux branches de la faille qui encadrent cette navette* de décrochement.


La faille de la Queyrie (anciennement appelée "Cléry") doit son nom à la carrière d'exploitation de sa brèche de faille, que firent les romains, 1,5 kilomètres au sud-ouest du Pas des Bachassons.
Elle détermine, au Pas de Bachassons, un important hiatus dans la barrière urgonienne. Cela est dû à ce qu'elle se partage là en deux branches qui encadrent une navette, large de quelques dizaines de mètres, qui est formée de calcaires lités alternés de marnes (Barrémien inférieur) : cette bande de terrains tendres a été affouillée par l'érosion qui y a creusé la ravine du Pas de Bachassons,
Par son orientation N45, par la modicité de son rejet vertical et par la présence de navettes allongées horizontalement cette faille semble bien être un décrochement comparable à ceux de la famille dextre de la Chartreuse.
Plus à l'est elle suit, jusqu'au col de l'Allimas, le pied des abrupts qui ferment le vallon de La Bâtie du côté nord-ouest. Au delà elle perd beaucoup de son rejet, qui devient très modeste lorsqu'elle traverse (au pas du Serpaton) la barre du Tithonique. Aussi faut-il vraisemblablement l'interpréter comme une déchirure qui a joué lors du plissement, de sorte que, de part et d'autre, il y a eu une déformation différente des couches : au nord de Gresse une partie de leur déplacement s'est amorti par la formation de l'anticlinal de la Moucherolle, alors que le compartiment sud-est n'a pas été plissé.
C'est en tous cas cet effacement de l'anticlinal de la Moucherolle, au sud de la faille de la Queyrie, qui explique la différence de pendage des couches entre le Grand Veymont et le Mont Aiguille.



Schéma interprétatif des déformations du Tithonique au sud-est et au nord-ouest de Gresse

Ce dessin, simplifié à l'extrème, est destiné à montrer comment se produit un changement de pendage entre le Grand Veymont, situé sur le flanc ouest de l'anticlinal de la Moucherolle (a.M), et le Mont Aiguille qui appartient au compartiment méridional de la faille de la Queyrie (f.Q), qui n'est pas affecté par ce pli.
(la faille du Jasneuf, paralléle à celle de la Queyrie, est omise pour simplifier le dessin)

Pour en savoir encore plus sur la géologie de cette région, consulter le site geol-alpes.com à l'adresse http://www.geol-alp.com/h_vercors/lieux_vercors/mont_aiguille.html

http://www.geol-alp.com/h_vercors/lieux_vercors/mont_aiguille.html